Latécoère 28
Le Latécoère 28 dessert les lignes de l'Aéropostale et réalise en 1930 une liaison postale aérienne entre le Sénégal et le Brésil.

Histoire
À la fin des années 1920, l'Aéropostale cherche à raccourcir l'acheminement du courrier entre l'Europe et l'Amérique du Sud. Son réseau associe des étapes terrestres, des escales côtières et une traversée de l'Atlantique Sud encore assurée par bateau. Latécoère, dont les ateliers toulousains ont fourni plusieurs générations d'avions à ces lignes, développe le type 28 pour améliorer les transports. Le bureau d'études dirigé par Marcel Moine travaille sur une machine adaptée à des trajets réguliers, et pas uniquement à un record. Il faut emporter du courrier, éventuellement des passagers, et conserver une exploitation compatible avec des terrains et des moyens d'entretien dispersés. Le projet appartient ainsi à l'organisation d'un service postal international autant qu'à l'histoire de la construction aéronautique.
Le Latécoère 28 est un monoplan monomoteur à aile haute, doté d'une cabine fermée et, sur les versions terrestres, d'un train fixe. Sa construction associe des éléments métalliques à une voilure comprenant du bois et de l'entoilage. La cabine peut recevoir des passagers, tandis que le courrier et les bagages imposent une gestion attentive de la charge. Cette disposition distingue l'appareil des machines à postes largement ouverts encore présentes sur les lignes. Elle ne supprime ni la dépendance envers un moteur unique ni les contraintes météorologiques. Les choix de motorisation évoluent suivant les versions. L'aménagement pour les longues distances exige un compromis particulier entre carburant, charge utile et équipements ; les capacités d'un transport courant ne doivent donc pas être confondues avec celles d'un avion préparé pour une traversée océanique.
Le type vole en 1929 et rejoint l'exploitation de l'Aéropostale. Une version à flotteurs, le Laté 28-3 immatriculé F-AJNQ et baptisé « Comte-de-la-Vaulx », est préparée pour le franchissement de l'Atlantique Sud. Les 12 et 13 mai 1930, Jean Mermoz, le navigateur Jean Dabry et le radio Léopold Gimié relient Saint-Louis du Sénégal à Natal, au Brésil, avec du courrier. La présence d'un navigateur et d'un radio traduit les exigences d'un vol prolongé hors de vue des côtes. Cette liaison ne constitue pas la première traversée aérienne de l'Atlantique Sud, déjà franchi auparavant. Son importance précise est postale : elle remplace, pour ce voyage, le transport maritime du courrier sur le segment océanique du réseau.
La carrière des Laté 28 ne se réduit pas à cette traversée. Les appareils terrestres participent aux liaisons de l'Aéropostale en Afrique et en Amérique du Sud, où la continuité du service dépend d'une chaîne d'escales et d'équipes au sol. Les pilotes transportent des sacs postaux et, selon l'aménagement et les lignes, des passagers. Les mécaniciens, les agents de piste et les opérateurs radio contribuent autant à la régularité que les qualités de l'avion. Les longues distances, les conditions locales et la disponibilité du carburant encadrent chaque étape. Le modèle prend place dans un réseau qui se développe par raccordements successifs, plutôt que dans un système de vols intercontinentaux directs comparable à celui des générations ultérieures.
Les désignations de la famille distinguent plusieurs motorisations et adaptations terrestres ou maritimes. L'hydravion de Mermoz reçoit les flotteurs et les aménagements nécessaires à son emploi particulier ; il ne représente pas à lui seul toute la production. Son retour vers l'Afrique montre les limites du résultat de mai : une défaillance du moteur impose un amerrissage en mer, puis le sauvetage de l'équipage et du courrier par un navire. L'appareil est perdu. La traversée réussie n'a donc pas immédiatement créé un service aérien océanique régulier dans les deux sens. Cette distinction est essentielle pour lire les récits commémoratifs : démontrer une possibilité technique, transporter effectivement du courrier et assurer une exploitation répétée correspondent à trois niveaux différents de réussite.
Avec l'évolution des réseaux et l'arrivée d'appareils plus adaptés, le Latécoère 28 quitte progressivement les services pour lesquels il avait été conçu. L'intégration des activités de l'Aéropostale dans l'histoire d'Air France place sa carrière dans une transformation plus large du transport français. Son souvenir demeure particulièrement lié à Mermoz et à la liaison de 1930, mais l'étude du modèle conduit aussi vers l'économie du courrier et le travail quotidien des lignes. Les représentations et reconstitutions muséales ne doivent pas être assimilées sans vérification à des exemplaires originaux. Aucun lieu d'exposition d'un appareil de série n'est indiqué ici. L'héritage du type réside dans l'articulation entre une machine, ses équipages et un réseau postal, ainsi que dans la différence entre une traversée démonstrative et une desserte durable.
Pourquoi il a compté
- Le Laté 28 participe à l'exploitation quotidienne du réseau de l'Aéropostale.
- La traversée de mai 1930 transporte du courrier par avion entre le Sénégal et le Brésil.
- Le retour interrompu montre la différence entre un exploit et une desserte régulière.
Où le voir aujourd'hui
Aucun exemplaire exposé connu de façon certaine
Sources
- L'Envol des Pionniers — L'aventure de l'Aéropostale
- Musée de l'Air et de l'Espace — Collections
- Gallica — BnF — Presse et revues aéronautiques numérisées