AeroHistoryEN

1902–1974

Charles Lindbergh

Auteur du vol New York–Paris en solitaire et sans escale de 1927, Charles Lindbergh exerce ensuite une influence aéronautique et politique dont les aspects doivent être distingués.

3 min de lecture

Photographie — Le Spirit of St. Louis de Lindbergh au Bourget, 1927
Le Spirit of St. Louis de Lindbergh au Bourget, 1927 · Photo : Agence de presse Meurisse · Domaine public · Source : Wikimedia Commons

Parcours

Né à Detroit et élevé en partie dans le Minnesota, Charles Lindbergh quitte des études d’ingénieur pour apprendre à voler. Il travaille dans l’aviation de spectacle, puis reçoit une formation militaire de pilote. Devenu pilote postal, il acquiert l’expérience des vols longs, de la navigation et du mauvais temps. Cette activité le rapproche des hommes qui, en Europe et en Amérique, font du courrier un moteur du développement aérien. Le dossier sur l’Aéropostale permet de comparer ces expériences sans confondre les réseaux français et américains. Son apprentissage pratique prépare une entreprise plus ambitieuse : relier sans escale New York à Paris.

Le prix Orteig promet une récompense à la première liaison sans escale entre les deux villes. Soutenu par des hommes d’affaires de Saint-Louis, Lindbergh fait construire par Ryan un monoplan spécialement adapté, le Spirit of St. Louis. Il choisit de voler seul et privilégie l’emport de carburant. La disposition des réservoirs limite la vue directe vers l’avant ; un périscope et les fenêtres latérales complètent l’observation. Ce choix n’est pas une recette universelle pour traverser l’océan : il correspond aux compromis d’une tentative particulière, dans l’entre-deux-guerres, avant la généralisation des liaisons transatlantiques commerciales régulières.

Réalisations

Parti de Roosevelt Field, près de New York, le 20 mai 1927, Lindbergh atterrit au Bourget le 21 mai après environ trente-trois heures et demie. Il accomplit la première traversée de l’Atlantique Nord en solitaire et sans escale. Cette formulation compte : Alcock et Brown avaient déjà franchi l’Atlantique sans escale en 1919, et d’autres équipages l’avaient traversé par étapes. La nouveauté tient donc au vol solitaire et à la liaison New York–Paris, non au premier franchissement de l’océan. La fatigue, la météo et la navigation rendent l’épreuve exigeante, mais ne doivent pas effacer ces distinctions historiques fondamentales.

L’accueil en France puis aux États-Unis transforme Lindbergh en personnalité internationale. Ses tournées et ses interventions soutiennent l’intérêt pour l’aviation civile. Il conseille des entreprises et participe, avec son épouse Anne Morrow Lindbergh, à des voyages de reconnaissance de routes aériennes. Anne contribue notamment à la navigation et aux communications, rappelant que l’image du pilote solitaire ne décrit pas toute sa carrière. La traversée d’Amelia Earhart en 1932 prolonge autrement l’histoire des vols individuels. L’assassinat de leur jeune fils, enlevé en 1932, entraîne aussi une exposition médiatique douloureuse et durable de la vie familiale des Lindbergh.

Héritage

Son rôle public comporte une dimension politique qui ne peut être séparée de son héritage. Avant l’entrée en guerre des États-Unis, il s’oppose à l’intervention et devient un porte-parole d’America First. Ses propos antisémites, notamment dans son discours de Des Moines en 1941, suscitent de vives critiques. Ses contacts avec l’Allemagne nazie et l’acceptation d’une décoration allemande en 1938 contribuent à la controverse. Après Pearl Harbor, il participe à l’effort de guerre américain comme conseiller civil et vole dans le Pacifique. Cette activité ultérieure n’efface ni ses déclarations antérieures ni la nécessité de les examiner pour elles-mêmes.

Lindbergh publie des récits de son expérience et s’intéresse, dans ses dernières années, à la conservation de la nature. Il meurt à Maui en 1974. L’avion de 1927, conservé au Smithsonian, demeure un objet majeur pour comprendre la préparation technique du vol. Une biographie équilibrée distingue la compétence du pilote, l’effet médiatique de l’exploit et les responsabilités de l’homme public. Le dossier Femmes et aviation apporte également un contrepoint à une histoire organisée autour de héros masculins isolés. Étudier Lindbergh ne consiste donc ni à célébrer sans réserve le vol de 1927, ni à nier sa portée en raison des prises de position ultérieures.

Sources

À lire aussi